SOS MÉDITERRANÉE
« Together for rescue »

Construit vers 1924, le monument du Vallon des Auffes est visible de très loin : « Un portique en plein ciel » arche massive comportant au centre un croissant et une étoile décorée de palmes. Les statues et ornementations évoquent les combattants de l’armée de terre et de l’air, les figures féminines aux ailes massives symbolisent l’héroïsme. Et au centre de l’arche, sur un socle, se dresse l’Effigie ou Victoire en bronze, les bras tendus vers le ciel, comme prête à s’élancer. Conçue en roche granitique mais polie aujourd’hui par les conditions atmosphériques.
Un escalier descendant vers la mer complète la monumentalité du site gigantesque.

C’était aussi une immense chaîne humaine orange pour les 10 ans de l’ONG SOS MÉDITERRANÉE… Près de 730 personnes vêtues d’orange ont formé une vaste chaîne humaine sur la Corniche Kennedy portant ensemble un même message clair « Nous refusons de détourner le regard face aux drames qui continuent de se jouer en Méditerranée ».

Jonathan (coordinateur adjoint d’opérations de sauvetage, nous a dit : « Le simple fait de débattre sur l’opportunité de sauver des migrants est une insulte aux DROITS DE L’HOMME ! ».

Cette mobilisation symbolique, à l’appel de l’ONG, était destinée à rappeler que chaque jour des personnes perdent la vie en tentant de traverser la MER MÉDITERRANÉE. Cette ligne « orange » formée par les participant.es était un clin d’oeil à la couleur « orange » des filets des bouées et des gilets de sauvetage utilisés par l’ONG à bord de ses navires, lors des opérations de secours en mer.
À cette chaîne humaine s’est ajoutée une flottille de 19 bateaux et embarcations diverses venu.es accompagner solidairement l’évènement depuis la mer.

Cette mobilisation marseillaise s’inscrivait dans un élan plus large. Tout au long de la journée, des rassemblements ont également eu lieu à Paris, Saint-Nazaire, Sète, Brest, Lyon, Bordeaux et Port Leucate (antenne de Perpignan). Partout en France, des citoyen.nes se sont mobilisé.e.s pour témoigner leur solidarité envers les personnes en détresse en mer et appeler l’urgence de sauver des vies.

En 10 ans d’existence, SOS MEDITERRANÉE a porté secours à plus de 43.000 personnes migrantes et a mené 464 opérations de sauvetage avec les navires AQUARIUS (le 1er navire de sauvetage de 74 naufragés en 2015, puis plus de 28.000 sous pavillon SOS Méditerranée) et ensuite avec son 2e navire l’OCEAN VIKING (à partir d’août 2019).
Oumar (jeune rescapé ivoirien : « En mettant un pied sur l’AQUARIUS, on naît une deuxième fois ! »). (SOS MÉDITERRANÉE, Laurent Gaudé)

SOS MEDITERRANÉE : est indépendante de tout parti politique et de toute confession, qui se fonde sur le respect de l’être humain et de sa dignité, quelle que soit sa nationalité, son origine, son appartenance sociale, religieuse, politique ou éthique. Elle a vocation à porter assistance à toute personne en détresse sur et en mer se trouvant dans le périmètre de son action, sans aucune discrimination, et se retrouvant en danger de mort lors de la traversée de la Méditerranée.

La « Méditerranée » est devenue le « VERTIGE »… Face à des vies englouties. Là… cette mer que nous aimons regarder et admirer, et aux bords de laquelle nous, Français, Européens et touristes du monde entier vivons ou passons nos vacances, sur ses rivages littoraux, ses plages de sable fin ou de rochers sauvages. Lieu de culture, de repos, de tourisme, de beauté, sur laquelle certains d’entre nous naviguent aussi.

« Cette si belle MER est devenue un cimetière à ciel ouvert pour des milliers de femmes, d’enfants, de jeunes hommes et même de familles entières qui y meurent en masse ! et/ou exilées, mortes noyées depuis 2010, en tentant de fuir la LIBYE (entre autres) dont + de 4500 en 2016 selon l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations). En association avec SOS MEDITERRANÉE Allemagne et Suisse + MSF, l’AQUARIUS était le plus grand navire de sauvetage (77 m X 12). Un record pourtant inquiétant avec 1032 réfugiés à bord en juin 2017 (11.000€ par jour de mer). Avec des marins, sauveteurs, médecins, soignants, infirmières et sages- femmes… » (Laurent Gaudé)

Bertrand
BADIE est membre de soutien de SOS MÉDITERRANÉE : « Les routes de l’exil, comment comprendre autrement ce tragique destin violent, toujours plus florissant !? Le migrant économique, couramment dissocié du réfugié qu’on tolère, est exclu du droit à la solidarité, comme s’il était plus aimable et confortable de mourir de faim ou de dépérir de malnutrition… Tragique histoire qu’active une urbanisation galopante et mal maîtrisée, propice à la comparaison et à l’éclosion du désir de fuite : les bidonvilles deviennent ainsi le berceau des migrants… ».

MARSEILLE reste l’un des principaux ports d’attache des navires L’AQUARIUS et l’OCEAN VIKING. C’est aussi le siège de cette ONG. Et son énorme vertu est de nous rappeler que si le politique a fui devant la question du SAUVETAGE, le monde CITOYEN peut s’en emparer. Si l’Europe a peur, le monde citoyen peut, lui, regarder le problème droit dans les yeux et agir. Cela sauve des vies ! (Car aujourd’hui, la barbarie c’est l’indifférence).

Pendant ce temps, la POLITIQUE MIGRATOIRE (et son complément au PACTE sur la MIGRATION de 2024) se durcit de plus en plus en 2026, l’EUROPE brille par ses discussions, ses tractations minables et son « embarras ».
Il faut donc apporter une réponse à la tragédie humanitaire en Méditerranée, la situation et la politique migratoires face à des milliers de migrants mourant en mer. Les souffrances physiques et psychologiques qu’ils endurent, provoquées par la misère économique, les violences guerrières, le terrorisme religieux, à la limite du supportable (traitements cruels, enlèvements, séquestrations, tortures, viols subis dans les camps libyens ou autres…). Aux mains de mafias et marchands d’esclaves. Dépendant des passeurs sordides exigeant des sommes d’argent extorquées à leurs familles. Tout cela les poussent à traverser la mer par tous les moyens, dans des canots ou rafiots de fortune, en rêvant d’atteindre les côtes siciliennes à plus de 450 kilomètres, pendant plusieurs jours ou semaines de mer. À bord d’embarcations de fabrication approximative, parfois pneumatiques, prévues pour seulement une trentaine de personnes, qui en chargent en réalité 4 fois plus ! Mais ils n’ont pas le choix, espèrent et prient…Et l’on compte plus d’1/3 de mineurs parmi les rescapés.

S’ajoute à leurs problèmes de traversée périlleuse la surveillance implacable des agents de l’agence européenne de contrôle des frontières FRONTEX… pointée du doigt pour ses actions en mer lors d’opérations de sauvetage et de « naufrages » non clarifiées (en particulier le naufrage en Grèce au large du Péloponèse qui a coûté la vie à des centaines de migrants (environ 750 personnes). Les garde-côtes grecs et les agents de Frontex s’accusant réciproquement d’en être responsables… Une enquête s’en est suivie, mais le rôle de la médiatrice européenne n’était pas « contraignant ». On sait pourtant que FRONTEX a été plusieurs fois accusée de complicité dans les refoulements de migrants de la Grèce vers la Turquie. En Méditerranée aussi, l’agence est pointée du doigt pour son rôle dans les interceptions violentes de canots par les garde-côtes libyens.

Pourtant, cette situation effroyable ne date pas d’hier, ni de ces 10 ou 12 dernières années : mais depuis l’an 2000, l’OIM estime que plus de 50.000 migrants ont péri en Méditerranée. La plus meurtrière des traversées va de la Libye à la Sicile (ex : la catastrophe de Lampedusa en 2013, naufrage d’un chalutier transportant 500 migrants clandestins !).

POLITIQUE MIGRATOIRE : Le PARLEMENT EUROPÉEN à Strasbourg vient d’adopter et de voter le 17 juin 2026 une réforme (par 418 voix pour, 218 contre et 30 abstentions) ouvrant la voie à la création de centres de rétention hors des frontières de l’UE, et une série de mesures pour accélérer les expulsions par OQTF, permettant aux Etats qui le souhaitent d’installer des « hubs de retour » pour expulser les migrants « illégaux ». Dispositif autorisant les Etats membres à ouvrir des centres de rétention pour migrants, dans des pays en dehors de l’UE, pour y envoyer de force et détenir des personnes dont la demande d’asile a été rejetée (système commun de retour des ressortissants migrants déboutés du droit d’asile de pays tiers en séjour irrégulier dans l’union).
Ce dispositif a été testé par l’ITALIE en ALBANIE ou même en OUZBEKISTAN ! Un accord avait aussi été scellé entre le Royaume Uni et le RWANDA l’année dernière.
« C’est un recul historique des DROITS DES RÉFUGIÉS ! » A réagi Marta Welander, de l’ONG humanitaire International Rescue Committee, car il y a multiplication inquiétante de détentions de personnes vulnérables, y compris d’enfants !!! ».

(Le Monde du 26 mars 2026) : « Aujourd’hui, 20% des décisions d’expulsions prises au sein de l’UE aboutissent réellement. Une statistique très critiquée par les partisans d’une ligne migratoire plus ferme. »
Ce 17 juin 2026, ce dispositif des «  hubs de retour » a donc été validé par une grande majorité d’Eurodéputés réunis en plénière : du centre, de la droite et surtout de l’extrême-droite : « Sous les huées des députés de la gauche face à ceux de la droite et de l’extrême droite, les fascistes ont jubilé en criant plusieurs fois « SEND THEM BACK ! SEND THEM BACK ! SEND THEM BACK ! », « Renvoyez les ! même les enfants !  ».

François Gémenne : « Voir des députés se réjouir de leur vote, cela a quelque chose de monstrueux ! ».
La jeune députée belge Saskia Bricmont, parti écologiste et députée depuis 2019, a immédiatement réagi après le vote, sur Instagram : « La droite et l’extrême-droite se réjouissent d’avoir le droit d’enfermer des personnes dans des camps de détention parce qu’elles sont nées avec le mauvais passeport, même les enfants !!! » .
« Et qu’est-ce qu’on peut faire ? » (a-t-elle ajouté) :

  • « 1/ Continuer le combat, continuer à travailler pour une politique humaine et solidaire et ne rien lâcher aux fachos ! Résister à l’extrême-droite, à l’évolution de son agenda qui se base sur un fonds de commerce profondément raciste. Refuser sa normalisation et surtout la collaboration des autres avec elle. Car si son agenda progresse, c’est uniquement parce que les partis qui se disent démocratiques (conservateurs UE + libéraux)collaborent ouvertement avec elle en négociant l’agenda en politique migratoire) »
  • « 2/ Montrer toutes les initiatives positives d’accueil, de solidarité et d’intégration qui fonctionnent (infirmier.ères, travailleuses et aides domestiques sans papiers de notre quotidien, gardiennes d’enfants, etc autant d’histoires humaines…NON ! Les personnes migrantes ne sont pas des numéros qu’on peut renvoyer dans des pays qui n’ont aucune connexion avec elles »
  • « 3/ Un an d’accueil en Belgique coûte moins cher qu’un lit dans un « hub de retour » comme en Albanie !. Si la solidarité était appliquée en Belgique, elle pourrait accueillir 647 personnes en 2026 !!! » (Saskia Bricmont députée UE écologiste).

NOUVEAUX FLUX MIGRATOIRES ET RÉFUGIÉ.ES (extraits « France, Terre d’Immigration » : Yvan Gastaut, Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Naïma Yahi)

« Entre 2014 et la fin de la décennie, on compte autour de 20.000 morts et disparus en Méditerranée, décompte qui s’accompagne d’un enchaînement de tragédies, telle celle du 19 avril 2015 : un chalutier égyptien à destination des côtes européennes fait naufrage au large des côtes libyennes, provoquant la mort de 800 personnes (sur les 900 embarquées). Une semaine plus tôt, 400 personnes parties de Libye avaient trouvé la mort lorsque leur embarcation s’était abîmée dans les flots… » .

EN FRANCE  : « Certains Français, émus par cette litanie de drames qui jalonnent toute la décennie, parfois même actifs dans des formes de solidarité à l’instar d’associations telles que SOS Méditerranée, créée en 2015, ou de figures tel Cédric Herrou, agriculteur de la vallée de la Roya (Alpes maritimes) qui accueille des migrants de passage et subit moults tracasseries policières en retour, une majorité de Français (65%) n’est pas pour autant favorable à l’accueil et souhaite une réduction des flux migratoires. »

EN ALLEMAGNE  : « Ceci contraste avec la politique de l’Allemagne pendant cette période (Angela Merkel) qui décida en août 2015, d’accueillir un million de réfugiés ! »

EN ESPAGNE : Alors qu’une grande partie de l’Europe durcit ces derniers temps sa position sur l’immigration « La politique migratoire espagnole est humaine et un modèle pour l’Europe » selon la Ministre espagnole des Migrations Elma Saiz, sous la direction du premier ministre Pedro Sanchez. Au centre de sa politique migratoire actuelle se trouve un processus de régularisation qui peut accorder un statut légal à plus de 500.000 personnes vivant déjà dans le pays. Pour être éligibles, les personnes sans papiers doivent vivre en Espagne depuis au moins 5 mois ou avoir demandé l’asile avant la fin 2025.
Le programme est né d’une proposition législative citoyenne, signée par plus de 700.000 personnes et soutenue par des centaines d’organisations de la société civile, de groupes d’employeurs et d’institutions. Madame Saiz a même insisté sur le fait que la mesure respectait pleinement les règles de l’Union Européenne, y compris le système Schengen.

DU DROIT UNIVERSEL D’HABITER LA TERRE (François Gémenne)

En France, « Tant que les élections resteront organisées au niveau national, tant que le débat politique portera avant tout sur des enjeux nationaux, l’ÉCOLOGIE aura du mal à s’imposer. Je ne pense pas que la démocratie représentative soit capable, à elle seule, de prendre en charge les grands enjeux environnementaux globaux. Il faut reconnaître que l’ÉCOLOGIE, par nature, n’est pas un consensus, parce qu’elle mobilise des intérêts divers et contradictoires. La grande question est de savoir comment nous pouvons faire émerger un intérêt supérieur, celui de l’HABITABILITÉ DE LA TERRE. Ou garder la Terre habitable pour tous, nous forçant à renouer avec l’universalisme véritable, non cantonné aux frontières géographiques et générationnelles. »

Danielle Triboire (LDH TOULON Métropole, 23 juin 2026)