Défenseur des droits -
1/ Rédonner une voix aux droits

Les droits de l’homme et du citoyen sont au fondement de la République. Ils sont aujourd’hui attaqués de toutes parts et l’Etat de droit est fragilisé comme jamais depuis des décennies. A sa place de Défenseure des droits, Claire Hédon présente les situations dans lesquelles l’accès aux droits est entravé, et pourquoi. Ces mises en cause ne mettent personne à l’abri. Ses analyses précises et lumineuses portent un message fort et rassembleur : loin d’être un obstacle à la volonté du peuple, les droits sont l’un des piliers de la démocratie.

Alors que le mandat de Claire Hédon s’achève, Emmanuel Macron, dans un souci de placer des proches partout où il le peut, aurait l’intention de nommer François-Noël Buffet, ancien ministre, sénateur LR qui s’est notamment distingué par son opposition au mariage pour tous et à la constitutionnalisation de l’IVG. Ce serait une nouvelle emprise des idées d’extrême droite au sein des institutions de la République et une nomination propre à éteindre le rôle essentiel du Défenseur des Droits. C’est pourquoi la section Toulon Métropole vous appelle à la vigilance, à rejoindre toutes les actions qui pourront être menées pour la défense de cette institution pilier de la démocratie. Parallèlement nous vous proposons de mieux connaître le Défenseur des droits, à partir de la découverte du livre récent de Claire Hédon, la République des Droits.

Claire Hédon est en effet Défenseure des Droits depuis 2020. Son livre est extrêmement précieux, à l’heure où les droits et l’État de droit sont attaqués de toutes parts. En liant étroitement démocratie et droit, Claire Hédon nous fait entrer dans ce qui devrait être une évidence en France. A son poste de Défenseure des Droits, en contact avec l’ensemble de la société, elle montre la fragilisation croissante et parfois la négation des droits fondamentaux, dans le quotidien de chacun et chacune, comme dans les pratiques institutionnelles.

Nous consacrerons sur 3 semaines en mai 2026 3 articles à cet ouvrage :
1/ Introduction : redonner une voix aux droits
2/ Une bataille quotidienne pour les plus éloignés de leurs droits
3/ Prévenir l’évolution des atteintes aux droits

Aquérir une culture du droit protège et émancipe, permettant ainsi d’être pleinement citoyen.ne. Mais force est de constater une forme d’insensibilité globale aux atteintes du droit et de l’égalité en droit. En 2025 la Défenseure des Droits a reçu près de 160 000 réclamations, contre 100 000 en 2020. Un fossé se creuse entre le droit et son application. Les stigmatisations encouragées et la fragilisation des services publics en sont des causes essentielles. Une idée pernicieuse progresse prétendant que les droits ne pourraient être accordés qu’en fonction de devoirs préalables. Des décisions de justice ont de plus en plus de mal à être exécutées. Les attaques contre celles et ceux qui défendent les droits et les libertés s’accroissent. La liberté d’association, principe constitutionnel, est mise en cause par des mesures répressives, d’intimidation, de dissuasion de la part des tenant de l’autorité. Ces atteintes s’accompagnent, y compris au sein des gouvernants, d’un discours présentant les droits comme un obstacle à la volonté du peuple, alors qu’ils ont la garantie du respect de cette dernière. L’expansion et l’application des droits humains sont l’essence même des démocraties, et c’est toujours en attaquant ceux-ci qu’un régime politique bascule dans l’illibéralisme puis la tyrannie. Proclamer l’égalité en droit, rejetée par l’extrême droite et une partie croissante de la droite, c’est protéger l’égale dignité de chacun.e, reconnaître sa composante d’humanité. « La dignité n’a pas à être établie, elle ne se mérite pas, ne s’acquiert pas, ne se perd pas » (1). Le travail de Défenseur.e des Droits, seule autorité administrative indépendante inscrite dans la Constitution, est de rétablir dans leurs droits et leur dignité les personnes qui en sont exclues partiellement ou totalement. Cela peut concerner chacun.e mais particulièrement les pauvres et précaires par rapport aux droits au logement, au travail, à l’éducation, à la santé, à l’environnement, à la culture, à la vie privée. Ces missions s’appliquent aux nationaux comme aux étrangers et sur tous les territoires. Elle s’exercent auprès des services de l’État, des collectivités territoriales, de tout organisme public ou investi d’une mission de service public. Outre l’expertise juridique de ses 260 agents, le Défenseur des Droits tire sa légitimité des 640 délégués sur le terrain, présents dans 1000 lieux de permanence. 80 % des réclamations sont traités par la médiation. Pour les autres cas, le Défenseur des Droits agit en complément de la justice, co-agissant avec le juge judiciaire et le juge administratif.
Le Défenseur des Droits constate les fractures de notre société et œuvre à les résorber. Car toute atteinte aux droits sape la confiance envers la démocratie et la puissance publique, favorisant le repli sur soi et le succès des discours et politiques opérant contre l’État de droit. « Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme. » (2)

(1) Claire Hédon, La République des droits, Paris, Le Seuil, 2026, p. 16
(2) Albert Camus, L’Homme révolté, Paris, Gallimard, 1951, p. 226

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