22 mars, élection à risque !

Au-delà de l’importance fondamentale des municipalités pour le fonctionnement de notre vie quotidienne (logement, petite enfance, école, transports, santé, culture, environnement, emplois, vie associative), l’enjeu des élections est communautaire et national puisque les élus municipaux et les élues municipales jouent un rôle majeur au sein de TPM qui gère et coordonne les grands projets de l’agglomération, et dans la désignation des sénatrices et sénateurs qui partagent avec l’Assemblée Nationale le vote des lois.

Pour toutes ces raisons, notre inquiétude est grande de voir des villes de la Métropole passer sous le contrôle de l’extrême droite et par voie de conséquence lui donner une possible majorité au Conseil Communautaire et renforcer sa présence au Sénat.

Si sur le plan national, le RN et ses alliés ont échoué et sont loin des prévisions espérées par la propagande incessante des médias Bolloré (CNews, Europe 1 etc.), ils confortent dangereusement leur implantation dans le Sud-Est, et ce d’autant plus que des listes étiquetées à droite, ou divers droites, ont adopté des programmes voisins de ceux du RN de l’UDR (Ciottistes) ou de Reconquête.

C’est le résultat d’une banalisation de longue date des thèses de l’extrême droite, d’un affaissement de la gauche dans le Var et de la radicalisation d’une partie de l’électorat de droite. Dans un contexte de crise globale de la démocratie ayant conduit plus de 45 % des électeurs et électrices à s’abstenir, la situation de notre agglomération est donc très inquiétante.

Dans les 8 communes qui voteront Dimanche, le RN ou ses alliés sont arrivés, lors du premier tour, en tête ou en seconde position dans sept d’entre elles. Se maintenant partout, ils sont en possibilité de l’emporter le 22 mars à Toulon, La Seyne, La Valette. Ailleurs, l’hypothèse d’un barrage républicain face à l’extrême droite rend le danger moins immédiat. Mais la situation est compliquée par le maintien de 3 voire 4 listes concurrentes dans 5 communes, ce qui pourrait permettre une victoire de justesse du RN à la majorité relative (au second tour c’est en effet la liste arrivée en tête qui l’emporte quel que soit son score). A Hyères, le maire sortant ayant fusionné avec une des listes d’extrême droite ce sont deux listes de cette obédience que les électrices et électeurs auront à écarter. Triangulaires et quadrangulaires traduisent la dispersion de l’électorat dans une situation d’usure et de contestation forte des maires sortants.

Le danger de l’extrême droite dans notre métropole toulonnaise est donc immédiat, immense, et doit être combattu dès dimanche par nos votes, et ensuite pour reconstruire enfin un avenir désirable qui ne soit plus empêché par les fantasmes et mensonges racistes et réactionnaires de l’extrême droite et de ses alliés.

Les Toulonnais et Toulonnaises ne peuvent avoir oublié les années 1995-2001 lorsque cette même extrême droite administra la ville : gestion financière catastrophique, règlements de compte en série, déclin démographique, stagnation économique, promotion d’un catholicisme intégriste, etc. Plus généralement, quand elle accède au pouvoir local, l’extrême droite pratique des politiques d’exclusion, de stigmatisation, de discrimination, remettant en cause l’égalité d’accès aux services publics, la liberté associative et culturelle. Elle instrumentalise les peurs au détriment des droits et de la sécurité. Ce sont des centres sociaux qui ferment, des associations privées de subventions, des espaces verts massacrés par le bétonnage, des salles de spectacles qui ne sont plus financées, etc.

La section de la LDH a mené un long travail sur les mensonges de l’extrême droite et a produit notamment un article sur le RN et les Municipalités que vous retrouverez ci-dessous dans son intégralité.

La LDH a déjà payé un lourd tribut humain dans sa défense des droits et libertés contre les formes de barbarie portées par les extrêmes droites. Aujourd’hui, elle est toujours une cible et doit constamment se battre en justice, mais aussi au quotidien, notamment dans les communes gérées par l’extrême droite. Nous savons hélas qu’une fois parvenue au pouvoir, cette dernière met en place, progressivement, des programmes qui asphyxient la vie démocratique, combattent l’égalité en droit et la laïcité, divisent les populations, attisent la haine de l’autre, détériorent les services publics, sapent la vie associative. Ce sont des politiques qui tournent consciemment le dos à l’intérêt général et sont de nature, à terme, à remettre en cause la paix publique pour imposer un ordre autoritaire.

Pour l’ensemble des ces raisons, nous faisons appel à vous toutes et tous pour que dimanche 22 mars vous empêchiez par votre vote l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite dans votre commune et TPM.

Et après le 22 mars
Rejoignez notre section locale de la LDH, association de défense des droits et libertés.
Rejoignez une des nombreuses associations de défense et promotion des droits sociaux, culturelles, environnementaux, pour participer pleinement à la vie citoyenne, meilleur rempart contre l’extrême droite.
Assistez aux conseils municipaux quand c’est possible. Investissez les CIL de quartiers.
Participez aux concertations publiques pour donner votre avis et contribuer aux choix faits pour votre commune. Sollicitez vos élu.e.s et contribuez à faire vivre la démocratie locale en dehors des élections.

Section LDH Toulon Métropole
19 MARS 2026

Article sur le RN et les Municipalités :
Avec le RN, « une gestion exemplaire et une ville modèle »
Cette promesse est depuis longtemps un mantra de Marine Le Pen. Sa lourde condamnation le 30 mars 2025 par la justice ne semble pas l’avoir fait réfléchir non seulement sur les pratiques frauduleuses au sein de la direction du parti, (1) mais également sur la manière dont les communes sont administrées par le RN. Après le livre hallucinant de Marine Tondelier sur Hénin-Beaumont dans le Pas de Calais, (2) celui de la journaliste d’investigation Camille Vigogne Le Coat, concernant Fréjus contient bien des similitudes que l’on peut encore retrouver dans la gestion de Cogolin, par exemple. (3) À Fréjus, le maire est le Vice Président du RN, David Rachline. Ses promesses d’une gestion exemplaire de la ville n’ont duré que quelques mois après l’élection de 2014. Il est vrai que « dans le Var tout est à vendre, y compris les responsabilités d’État. « L’argent a tout corrompu » confiait à regret François Léotard, fin avril 2023, quelques jours avant sa mort. »(4). Pour l’extrême droite, la lutte contre la corruption est un créneau électoral porteur mais qui s’arrête souvent une fois les portes du pouvoir franchies. M. Rachline a récupéré les fruits d’un système politico-financier avantageux et a poussé le phénomène à l’extrême, « continuant à creuser l’endettement de la ville, offrant toujours plus de contrats à un seul entrepreneur, noyant chaque jour davantage sa ville sous le béton et l’argent. Deux obsessions guident son action : l’enrichissement -personnel et celui de son entourage- et la xénophobie, tolérée, voire érigée en politique municipale, quand il est par exemple question de l’attribution de logements sociaux », .
Marc Etienne Lansade, maire extrême droite de Cogolin, empêtré dans les affaires financières, (5) dit de son collègue de Fréjus qu’il « a compris comment ça marche. Une ville, si on fait très bien la pute, on obtient du budget pour briller. On ne fait que ça, du clientélisme. ». Puisqu’il s’agir de « se servir et servir les amis d’abord », des emplois de complaisance ont été créés, certaines personnes « ne connaissent même pas l’intitulé de leur poste ». Quand l’opposition cherche à s’exprimer sur ces pratiques, comme à Hénin-Beaumont, le maire laisse ses militants assis dans le public injurier les opposants, ou monte directement au créneau. À une élue qui se pose des questions sur la réalité du travail d’un chargé de mission il répond : « Occupez vous de vos fesses », et « elle est prête à se mettre une plume dans le cul pour se faire remarquer ». La violence verbale s’étend bien au-delà. La police municipale est agressive, tutoie les administrés, menace de lâcher les chiens sur des citoyens énervés. « Le racisme ruisselle, de la direction jusqu’à certains salariés, au langage très libéré ». L’Adjoint à la sécurité, dans une discussion sur les éclairages de Noël dans une artère nommée auparavant Rue de la juiverie, « s’esclaffe devant témoins : « Il faudrait y mettre des fours ». Il est vrai que M. Rachline fréquente la frange la plus antisémite de l’extrême droite, p.114, et que corollairement, saluts nazis et références à Hitler entre lui et ses proches ne sont pas rares, p.112. Interpellé sur ces pratiques, l’endettement catastrophique de la Ville, l’irréalité d’un prétendu « ensauvagement (de la société) et de la délinquance de hordes de jeunes, ou ses achats de nombreux produits de luxe en liquide exclusivement, le Maire esquive et ment, comme tout adepte de la post-vérité, instituée notamment par Donald Trump dont l’effigie figure dans son bureau.
Le parquet a ouvert une enquête sur des affaires de marchés publics et possibles prises illégales d’intérêts et favoritisme. Mais « pour éviter les fuites, les investigations sont confiées à une section de recherche de la gendarmerie de Marseille, réputée plus fiable que la police du Var ». Pendant ce temps le Maire vend du patrimoine communal non pas pour désendetter la ville mais pour couvrir les dépenses de fonctionnement et enrichir un clan tout puissant, « Les Fréjusiens sont les seules victimes de cette course aux dépenses, condamnés à rembourser tôt ou tard une dette dont l’origine est la gestion coupable d’une municipalité négligente ». Il ne nous échappera pas que M. Rachline est toujours Vice-Président du RN…
(1) Voir par exemple son discours de Narbonne, le 1er mai 2025.
(2) Marine Tondelier, Nouvelles du front, éd. Les liens qui libèrent, 2024
Mariage local entre RN et droite dans la communauté d’agglomération et dans tout le Var, « laboratoire de cette union honteuse », p.81
(3) Camille Vigogne-Le Coat, Les Rapaces, éd. Les Arènes, 2025.
(4) Toutes les références de pages renvoient au livre de C.Vigogne-Le Coat.
(5) Luc Leroux, le maire de Cogolin à nouveau mis en examen, in Le Monde, 24/10/2024

(©Photo montage-AFP / THIBAUD MORITZ-MIGUEL MEDINA)